Tout sur la stratégie Sport-Santé impulsée par les Pouvoirs Publics

Interview de
Christèle GAUTHIER

Cheffe de Projet
Chargée de la stratégie nationale Sport -Santé
pour le Ministère des Sports

Nathaly MERMET : Pouvez-vous nous présenter la stratégie nationale Sport-Santé du gouvernement et revenir sur son évolution depuis 2012 ?

CHRISTELE GAUTHIER : La stratégie nationale Sport-Santé est une stratégie partagée : elle est co pilotée par le Ministère de la Santé et le Ministère des Sports et s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de santé portée par le gouvernement.

Elle est très inter-ministérielle, c’est ce qui en fait toute sa force, et elle se déploie depuis 2019 et jusque 2024. Elle prend la suite du plan national Sport-Santé Bien-Être, mais elle va bien au-delà puisque le cadre de cette stratégie dépasse largement l’action du ministère des sports ; elle vise tous les secteurs qui intéressent la manière d’agir, la manière dont se comporte et dont sont amenés à se mobiliser les français pour leur santé lorsque le fait de se mouvoir est engagé : à la fois en prévention primaire mais aussi lorsqu’il s’agit d’accompagner au soin les personnes malades en prévention tertiaire.

N.M : Est-ce que vous considérez qu’à l’heure actuelle, le Sport-Santé à pris toute sa place dans le cadre de la prise en charge des patients et de la prévention c’est-à-dire pour le vieillissement, les maladies chroniques ?

C.G : Alors Elle n’a pas encore pris toute sa place, ce sont des sujets qui sont encore relativement récents et qui donc nécessitent beaucoup d’acculturation, beaucoup de sensibilisation à la fois de l’ensemble de nos concitoyens, mais aussi des professionnels de santé, et des professionnels du sport et des enseignants en Activité Physique Adaptée (APA).

Il s’agit donc d’une prise de conscience à avoir, que la population française n’est pas en très bonne santé. La Covid19, le met particulièrement en exergue malheureusement, et c’est par ce que la sédentarité est une maladie du siècle qu’elle est corrélée au fait que l’on bouge moins, que nous sommes de plus en plus assis, que nous prenons la voiture pour tout… C’est une maladie liée à notre mode de vie. Nous avons donc effectivement besoin de faire passer ces messages à la fois auprès de chacun nous, et également auprès des prescripteurs de l’activité physique.

Nous avons beaucoup avancé en une 20aine d’année, il y a une vraie prise de conscience aujourd’hui, un certain nombre d’actions se sont mise en place, des réseaux se sont créés sur tous les territoires, il y a une prescription qui s’est engagée dans l’activité physique adaptée par les médecins traitants, il y a des réseaux de professionnels d’activité physique adaptée qui se sont mis en place aussi…Mais tout cela à encore besoin de se développer, de s’harmoniser, et puis de rentrer dans une démarche « normale ». De la même manière que l’on va chez son médecin, il faut se dire que pratiquer de l’activité physique pour sa santé c’est quelque chose de normal…

N.M : Alors justement, quels sont les objectifs de la proposition de loi Sport Santé (actuellement débattue) en termes d’accès de la population, de transformation de la prise en charge des patients… pouvez-vous nous repréciser les grands axes de cette proposition de loi ?

C.G : Cette proposition de loi n’est pas focalisée sur le Sport Santé, elle vise à démocratiser le sport en France. Elle est effectivement en cours de débat au Parlement.

Elle comporte 22 Articles dans sa dernière composition : à la fois liées au développement de la pratique sportive pour le plus grand nombre, et comporte dans ce sens un certain nombre de sujets qui visent notamment la pratique d’activité physique à des finalités de santé.

N.M : Quel va être l’impact de cette proposition de loi sur l’exercice du sport santé pour les professionnels de santé eux-mêmes ? Quels seront les rôles respectifs de chacun ?

C.G : Je ne peux pas encore répondre car cette proposition de loi est toujours en cours de travaux. Par contre ce qu’il faut souligner c’est que dans le cadre de la stratégie nationale sport santé et des travaux normatifs engagés,  nous avons eu des évolutions majeures depuis 2016 (avec l’amendement Fourneyron) : d’abord la reconnaissance du sport comme une thérapeutique non médicamenteuse, et aujourd’hui dans le cadre des lois de financement de la sécu sociale pour 2020 et 2021 une reconnaissance qui s’accentue véritablement de la place de l’activité physique adaptée à des fins de bien-être et de santé (car il ne faut pas oublier que la prévention primaire est cruciale).

Pour vous donner un exemple, dans le cadre de la loi de financement de la Sécu sociale pour 2021, un article prévoit d’expérimenter la mise en place de dispositifs (parcours et protocoles) d’APA pour des patients diabétiques, et un autre article prévoit de favoriser la promotion et le développement de l’Activité physique par les employeurs auprès de leurs collaborateurs, donc dans le cadre du travail.

Nous avons également dans le cadre des travaux antérieurs et qui se poursuivent à cœur de faire toujours progresser les conditions d’exercices et d’interventions des professionnels du sport, de l’APA, de la santé, et c’est dans le cadre des textes qui sont pris depuis 2016, que sont envisagés ces travaux-là, qui définissent la place du MK, de l’éducateur sportif ou bien de l’enseignant en APA.

N.M : Qu’est ce qui va être mis en place pour inciter les médecins à prescrire de l’activité physique

C.G : Vous avez raison de le souligner : la prescription de l’Activité Physique Adaptée (APA) pour les patients souffrants d’affections de longue durée, est une absolue priorité.

Pour les patients pour lesquels les bienfaits sont prouvés dans un parcours de soin ; ne pas leur prescrire revient à les priver d’une chance. Il faut donc tout faire pour que les médecins traitants (qui sont ceux qui aujourd’hui peuvent prescrire) soient confortés et à l’aise dans cet exercice.

Ça passe donc par de la formation : il y a donc des dispositions qui sont prises pour que dans la formation initiale des médecins soit systématiquement intégrée un module obligatoire relative à l’activité physique et sportive ; dans la formation continue : qu’il y ait de plus en plus dans le cadre des DPC de la formation proposée sur cette thématique là… Mais il faut également que les outils soient mis à leur disposition, pour qu’ils appréhendent ces sujets-là. Ces travaux sont engagés par la Haute autorité de santé, il y a eu un guide relatif à la prescription de l’activité physique et sportive et il y a désormais beaucoup d’outils qui sont mis à disposition pour cela, donc je vous dis, il faut se donner un peu de temps pour que tout cela avance.

N.M : un autre sujet qui vous occupe bcp au ministère des sports, quel va être précisément le rôle des maisons sport santé qui sont en cours de mise en place ?

C.G : Ce programme est effectivement une grande priorité pour le Ministère des Sports en lien très fort avec le ministère de la santé, il vise à répondre à l’engagement du Président de la république Emmanuel Macron de déployer 500 structures MAISON SPORT SANTE d’ici à 2022 sur le territoire national ;

Nous avons d’ores et déjà lancé deux appels à projet qui conduisent en 2019 à reconnaitre 138 Maison sport santé, et la semaine prochaine seront annoncés les « lauréats » du deuxième appel à projets. Donc nous aurons véritablement une couverture nationale par les maisons sport santé à savoir dans tous les départements de France et territoire départements d’outre-mer. Leur rôle, sera d’être l’interface des professionnels de santé, des professionnels du sport et de l’APA et en relation de grande proximité avec les patients sur le territoire.

L’idée c’est de pouvoir répondre de manière absolument concrète aux besoins des personnes qui se sentent éloignée d’une pratique d’activité physique et d’accompagner les acteurs hors locaux pour faire toute cette mise en réseau en proximité entre le médecin, l’infirmier, le pharmacien, l’éducateur sportif, le kinésithérapeute… et pour que tout cela profite aux personnes qui en ont besoin.

Nous sommes donc très engagés sur le plan ministériel, avec l’ensemble des services déconcentrés du sport, et les agences régionales de santé, à déployer de façon très volontariste ce dispositif auquel nous croyons beaucoup.

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