Apport du Blood Flow Moderation dans le traitement d’une Gonarthrose fémoro-patellaire avancée

Romain DOLIN Masseur-Kinésithérapeute
Préparateur Physique
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Un nouveau moyen de lutter contre l’amyotrophie ? 

Étude de cas d’une patiente de 48 ans

 

Le sujet est une femme de 48ans qui décompense depuis environ 4 mois une gonarthrose fémoro-patellaire bilatérale stade 4. Elle est active avec la pratique régulière de Pilates, fitness en salle et de vélo en extérieur. Il n’y a jamais eu d’épisode de luxation rotulienne ou de sensation d’instabilité. Un arthroscanner a été réalisé montrant cette chondropathie avancée bilatérale avec bascule de la patella (fig 1).

Figure 1 : arthroscanners de la patiente avec gonarthrose fémoro-patellaire stade 4

 

Synthèse du bilan initial :

La patiente présente pour chaque genou un épanchement + et un signe du rabot. Il existe des douleurs sur les facettes rotuliennes internes et sur le tendon quadricipital des deux genoux également. Pas de signe d’appréhension, la contraction contre résistance manuelle du quadriceps est douloureuse dans tous les modes et toutes les courses, en particuliers à gauche. Elle présente un valgus dynamique et statique des deux genoux.

La cotation (E.V.A.) des douleurs au quotidien est entre 4 et 7/10 suivant les efforts, avec des douleurs plus importantes sur le genou G.

Le score Lysholm est de 77/100 à gauche, 86/100 à droite

Il existe une décompensation à l’effort avec une importante amyotrophie bilatérale des quadriceps suite à l’arrêt des activités sportives et liée à la gène fonctionnelle présente depuis plusieurs mois.

Phase initiale de rééducation :

L’objectif de cette phase est l’amélioration du contrôle du genu valgum par le travail des rotateurs externes de hanche et de commencer le renforcement de l’appareil extenseur pour obtenir une indolence dans les activités quotidiennes.

Les recommandations internationales (1) préconisent un travail sur des séries courtes avec une résistance au moins supérieure à 70% de la 1RM pour obtenir des gains significatifs en hypertrophie sur des cycles de renforcement musculaire de 4 à 6 semaines minimum.

Problématique : Comment créer de l’hypertrophie musculaire des quadriceps de cette patiente dans une situation où le renforcement musculaire ne peut être réalisé à plus de 30-40% de la 1RM (résistance maximum sur une répétition) sans douleur ?

Le travail en Blood flow Moderation (BFM) inventée par le Dr Sato dans les années 70 apporte une solution novatrice et efficace, complémentaire des thérapeutiques habituellement recommandées dans ce type de pathologie. Cette technique est aussi appelée Kaatsu©

L’article publié récemment par Whiteley [2] dans la revue de référence Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, montre que les techniques de modération du flux sanguin sont parfaitement indiquées lorsque les patients ne peuvent tolérer un travail de renforcement avec des charges lourdes. Le « low load training » sous BFM crée une hypertrophie et un gain de force comparable au « High intensity training » sur 6 semaines de prise en charge.

 

Voici comment nous intégrons la technique « KAATSU © » dans notre protocole de rééducation :

  • 1ère étape : Utilisation du Kaatsu © en CCO (chaine cinétique ouverte) sans charge

Fig 2. : utilisation du Kaatsu© en CCO du quadriceps sans résistance

Lors des toutes premières séances, nous avons proposé à notre patiente un premier travail de tonification des quadriceps en position assise en bord de table, avec des mouvements simples d’extension sans résistance mais avec le système de BFM Kaatsu© (Fig 2). La session de travail dure 10mn, la patiente réalise des séries de 30 flexions/extension avec une pause de 10 sec. entre chaque série.

Durant cette phase une seconde session de Kaatsu© peut être réalisée en visant un autre groupe musculaire comme les moyens fessiers et les RE externes de hanche, selon les mêmes modalités (10mn de BFM, séries longues de 20-30rép. sans résistance) en décubitus (exercice type « clamshell » par exemple).

 

  • 2nde étape : Utilisation du Kaatsu © en CCO et CCF (chaine cinétique fermée) avec charges contrôlées (fig. 3)

Fig. 3 : utilisation du Kaatsu© sur presse et sur leg extens

En progression le travail de renforcement musculaire peut être réalisé sur presse avec un contrôle parfait des amplitudes de travail et de la charge appliquée sur le membre inférieur. Le système Kaatsu© est là aussi utilisé pour potentialiser l’effet d’engorgement musculaire pendant ce travail sur une session de 10mn :

  • Une première partie d’une durée de 4mn est effectuée avec une résistance de 30kg en bipodal, des séries de 30 répétitions avec 20sec. de repos entre chaque.
  • Une seconde session de 3mn sera réalisée avec le même volume de répétitions mais avec 35kg en bipodal
  • Une dernière session de 3mn à 40kg toujours en bipodal, toujours en series longues limitées à 15 rép.

Il en est de même sur leg extens :

  • le Kaatsu© est utilisé ici avec des charges de 5kg en bipodal toujours sur 5mn de travail,
  • Puis en progression à 10 kg sur 5mn de travail.

Toujours des séries longues de 20 à 30 répétitions suivant la tolérance du patient.

Le secteur angulaire est protégé en commençant par une sollicitation entre 0 et 60° de flexion pour progressivement augmenter ces amplitudes et charges de travail.

 

  • 3ième étape : Reprise des activités fonctionnelles avec Kaatsu © (fig. 4)

Fig. 4 : Kaatsu© et travail de squatt avec correction du genu-valgum dynamique

Enfin, le Kaatsu peut être utilisé lors de la pratique d’exercices en charge, avec poids de corps et dans notre cas sans charge additionnelle, sur des exercices type squatt, fentes, etc.

Nous avons commencé par des ¼ de squatt en bipodal avec correction du valgus dynamique (utilisation d’élastiques circulaires pour solliciter les abducteurs et rotateurs externes de hanche). Ces flexions de genou en squatt sont réalisées toujours avec le Kaatsu©, sur plusieurs sessions (3x5mn) avec toujours des séries longues (20-30 rép.) pour rechercher l’épuisement musculaire, avec une tolérance à la douleur en respectant un maximum de 3/10 à l’EVA.

Entre chaque session un temps de revascularisation est respecté d’environ 45sec.

L’évolution au bout de 8 semaines de prise en charge permet d’avoir une nette diminution des douleurs dans les activités quotidiennes avec une EVA entre 1 et 3/10, les scores de Lysholm ont aussi progressé (86/100 à gauche et 90/100 à droite).

Ces résultats vont dans le sens de ceux trouvés par Gil et al. (3) dans leur étude randomisée contrôlée sur l’apport des techniques de modulation du flux sanguin dans les douleurs de type fémoro-patellaire.

Ce travail a montré que les gains en termes de force musculaire étaient similaires entre le groupe de sujets qui pratiquaient un renforcement à haute intensité et le groupe qui ne pouvait pas pratiquer de renforcement intense du fait des douleurs mais qui bénéficiaient du BFM.

La technique de Kaatsu© potentialise les gains en hypertrophie musculaire grâce aux cascades hormonales déclenchées par l’engorgement musculaire pendant l’effort sous BFM (4) et ce dès 4 semaines d’utilisation. Cette technique se réalisant avec un travail à faible résistance, elle est parfaitement adaptée pour une prise en charge en post-opératoire, en post traumatique immédiat, ou dans le cas d’impotence fonctionnelle comme ici présenté.

En parallèle et en complémentarité des autres techniques conventionnelles, le Kaatsu© s’intègre parfaitement dans le cadre de la rééducation avec une mise en place qui n’est pas chronophage et une grande facilité d’utilisation dans de multiples exercices analytiques ou fonctionnels.

Sécurité du Kaatsu training :

Cette méthode qui existe depuis plusieurs décennies a fait l’objet d’études quant au risque potentiel d’effets secondaires, dont la plus importante (5) porte sur le suivi de plus de 12 000 personnes dans 200 structures de soins. En dehors de simples lésions type pétéchies (hématomes sous cutanés) et fourmillements les autres complications sont très rares, et leur fréquence n’est pas plus importante que lors de la pratique d’activité physique.

Il existe une grille d’évaluation du risque potentiel avec un scoring simple pour évaluer la contre indication à la pratique du Kaatsu (6). Un avis médical spécialisé est cependant conseillé en cas de doute.

 

Bibliographie :

  1. American College of Sports Medicine. Position stand: progression models in resistance train-ing for healthy adults. Med Sci Sports Exerc. 2009;41:687-708.
  2. Whiteley, R. Blood Flow Restriction Training in Rehabilitation: A Useful Adjunct or Lucy’s Latest Trick? J Orthop Sports Phys Ther 2019;49(5):294-298.
  3. Giles L et al. Quadriceps strengthening with and without blood flow restriction in the treatment of patellofemoral pain: a double-blind randomised trial. Br J Sports Med. 2017
  4. Loenneke JP, Wilson JM, Marín PJ, Zourdos MC, Bemben MG. Low intensity blood flow restriction training: a meta-analysis. Eur J Appl Physiol. 2012;112(5):1849–1859.
  5. Nakajima T, Kurano M, Iida H, et al. Use and safety of KAATSU training: results of a national survey. Int J KAATSU Training Res. 2006;2(1):5–13.
  6. Nakajima T., Morita T., Sato Y. Key considerations when conducting KAATSU training. Int. J. KAATSU Training Res. 2011; 7: 1-6

 

 


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