Reprogrammation neuromotrice et scoliose idiopathique

Paul Dorochenko

Masseur-kinésithérapeute

La scoliose idiopathique est un syndrome de déficience posturale tri-dimensionnel multifactoriel dont les traitements qu’ils soient kinésithérapiques ou orthopédiques s’avèrent souvent décevants et parfois inefficaces.  

Mézières, Klapp, Ling, Charrière et RoyNiederhofferSchrothchacun avec ses particularités, ont donné les concepts modernes de la rééducation de la scoliose appliqués dans la plupart de nos cabinets. 

Rééducation globale, ajustements neuromoteurs, proprioceptivité, contrôle postural, étirements, renforcements musculaires sélectifs, constituent une panoplie d’exercices qui associent la mobilité, la posture et l’équilibre d’un corps en phase avec la conscience de notre cerveau. Et c’est un peu là toute la difficulté de l’exercice car autant la perception musculaire dun mouvement même complexe est bien corticalisée et facilement identifiable, autant la proprioceptivité de muscles posturaux profonds, courts et mono-articulaires l’est moins, voire pas du toutD’où la difficulté de modifier la posture et les mouvements innés comme la marche, la course ou la respiration 
Les voies somesthésiques convergent vers le thalamus, relais qui permet l’intégration sensori-motrice et multisensorielle de l’information mais je rappelle que le vecteur de cette information est proprioceptif, il n’est ni verbal ni visuel.  

Travaillant depuis plus de dix ans dans la reprogrammation neuromotrice, initialement dans le geste sportif puis sur les pathologies ayant des conséquences sur notre motricité, j’utilise le procédé Allyane depuis quelques années sur les scolioses avec un certain succès. L’atout majeur de ce procédé est de permettre tout d’abord la déprogrammation de « l’attitude scoliotique » et d’engendrer un message proprioceptif qui nous informe que cette attitude n’est pas la bonne.  
La prise de conscience de la posture se fait initialement à partir d’une information visuelle vidéo sur les 3 plans, frontal, sagittal et surtout de dos car cette image, n’étant pas dans le champ visuel, elle est très difficile à concevoir. Puis nous associons ces images à des informations proprioceptives pertinentes à la fois en statique et en dynamique puis de façon virtuelle en imaginaire. Une fois le sujet capable de se visualiser et d’imaginer l’image 3D de sa scoliose avec les sensations associées, nous travaillons sur l’aspect correctif. Il modifie sa posture dans un état correctif moyen et non extrême toujours associé à la vidéo. Il enregistre les nouvelles sensations musculo-tendineuses associées et les traduit en image mentale. Un travail sur une rétroversion du bassin peut très bien l’amener à sentir et visualiser un appui plantaire complétement différent. Ces informations sont les siennes et sont donc à la fois uniques et pertinentes.  

Une fois ce travail d’identification proprioceptif effectué, il est allongé sur une table de massage avec un casque audio transmettant les séquences de sons de basses fréquences pulsés issus de l’Alphabox (générateur de sons de basses fréquences breveté) 

Ces sons auront pour but de le mettre en mode alpha et d’hyper-activer les aires de la motricité. Au bout de quelques minutes, il va faire un travail d’imagerie mentale à deux niveaux : il va déprogrammer son attitude scoliotique en s’imaginant tel qu’il est au quotidien et ensuite imaginera son corps sans le tronc. Il écoutera alors un son référent de son choix parmi plusieurs fréquences, appelé le S.A. (son associé) lui permettant de faire un ancrage. Une fois cette déprogrammation faite, il va reprogrammer sa nouvelle posture en s’imaginant en attitude corrigée avec les sensations proprioceptives associées et de nouveau, il fera un nouvel ancrage sonore avec la S.AA l’issue de la séance, de façon automatique, sans effort en conscient-volontaire, il adoptera la nouvelle posture que ce soit en statique ou en dynamique.  

Les jours suivants pourront être un peu douloureux car de nombreux muscles posturaux seront activés mais au bout d’une semaine, il aura une posture corrigée dite acquise qui ne lui demandera aucun effort particulier.  Il aura de ce fait, créé un corset virtuel qui sera un compromis entre une correction maximale et sa posture antérieure. Au bout de quelques mois, nous pourrons de nouveau programmer une posture un peu plus exigeante en termes d’activation musculaire. Ceci n’empêche en rien le suivi des séances de rééducation quelque que soit le concept suivi. Au contraire, le patient sera bien plus réceptif car nous aurons créé ou réafférenté une neuro-sensorialité d’un certain nombre de muscles posturaux qui seront à même de travailler de façon bien plus efficace. Au cours de la même séance, nous reprogrammons également un travail respiratoire qui permet d’appuyer la correction.