Réalité Virtuelle, une aide au diagnostic du Rachis douloureux

Philippe GILMER

 Masseur Kinésithérapeute

La douleur est la première cause de consultation lors des affections du rachis. Dans un monde idéal nombre de patients se contenteraient d’une seule consultation si nous parvenions à supprimer leur douleur dès la première séance. Notre rôle en tant que thérapeute est de réaliser un bilan avec des éléments précis afin d’expliquer au patient l’origine de ses symptômes. Sans cela, comment lui faire prendre conscience que sa douleur n’est pas proportionnelle aux lésions mais un signal d’alerte annonçant un trouble sous-jacent ? 

Comment lui justifier une stratégie thérapeutique à long terme dont la prise en charge sera partiellement réalisée par le kiné, et partiellement par le patient lui-même ? 

Sans cela notre savoir-faire ne vaudra guerre plus à leurs yeux que celui des experts de Google et de Facebook et leurs nombreux programmes d’exercices en ligne inadaptés.

Derrière une multitude de patients et de pathologies différentes, le praticien doit toujours répondre à une même problématique :  comment faire bouger un patient qui a mal ? Comment lui faire comprendre que sa douleur est un symptôme comme un autre qui doit être évalué et monitoré au cours de la séance mais qu’elle ne doit pas être le centre d’attention de la prise en charge ? Cependant ce sera bien ce symptôme que le patient prendra en référence pour juger de l’efficacité de son traitement.

L’approche clinique de la douleur s’arrête bien souvent à noter le moment ou un angle d’apparition mais pas son évolution face à une répétition d’un mouvement précis. Les mécanismes de défense du patient peuvent évoluer avec l’exposition progressive à une contrainte, tout comme une personne qui trouve la mer trop froide mais qui va s’habituer progressivement à la température pour finalement parvenir à se baigner. Ainsi il faut proposer au patient une répétition gestuelle d’exposition progressive à sa douleur et noter si, avec la répétition, son intensité diminue ou si l’amplitude du mouvement progresse pour une même intensité de douleur.

La réalité virtuelle (VR) est un outil de choix pour réaliser ce type d’évaluation. Elle permet d’enregistrer les paramètres quantitatifs d’amplitude et de vitesse de mouvement afin que le praticien puisse se concentrer exclusivement sur une appréciation qualitative. L’enregistrement des données pourra être comparé de manière précise dans le temps à l’aide d’exports graphiques ou de données brutes. De plus, ces évaluations pourront se faire dans des environnements variés, propices au détournement d’attention du patient, réduisant de manière conséquente une éventuelle Kinésiophobie.

A cette aide au diagnostic, la VR ajoutera la possibilité de réaliser des exercices de stabilisation du rachis ou de travail de la mobilité pouvant être segmentés ou intégrés dans des gestes fonctionnels. Les nombreux univers et exercices disponibles contribuent à varier les séances de rééducation et surtout à adapter les exercices en temps réel aux capacités du patient. Ainsi le praticien contribue à réduire la lassitude que certains patients ressentent lors de la répétition d’exercices dans le temps. Encore une fois, grâce à cet outil monitorant les paramètres des séances, le praticien disposera d’éléments objectifs relatifs à l’évolution de la prise en charge permettant d’adapter aux besoins du patient. Le praticien s’affranchit d’une partie de la réévaluation des aptitudes du patient, celle-ci se faisant automatiquement en temps réel au niveau des logiciels utilisés.

La réalité virtuelle permet de proposer au patient des taches et des situations variées. Le praticien offre au patient la possibilité de reprendre certaines activités au sein d’un monde virtuel qu’il n’envisagerait pas dans son monde réel. Celles-ci permettent d’intégrer le rachis dans son rôle de stabilisateur et de contrôle du mouvement des ceintures, faisant le lien fonctionnel entre les membres supérieurs et inférieurs. La rééducation par réalité virtuelle donne ainsi une autre dimension à des séances réalisées au sein d’un espace parfois restreint faisant écho à une expression désormais bien connue : « le bon traitement, c’est le mouvement ».

Sources :

[1] HAS. Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune. Haute Autorité de Santé. 2019.

[2] Virtual immersive gaming to optimize recovery (VIGOR) in low back pain: A phase II randomized controlled trial. Christopher R. France and James S. Thomas. Contemp Clin Trials. 2018 Jun; 69: 83–91. Published online 2018 May 3. doi: 10.1016/j.cct.2018.05.001

[3] Is Virtual Reality Effective in Orthopedic Rehabilitation? A Systematic Review and Meta-Analysis. Phys Ther. 2019 Oct 28;99(10):1304-1325. doi: 10.1093/ptj/pzz093. Mohammed Gumaa 1, Aliaa Rehan Youssef 2 PMID: 31343702 DOI: 10.1093/ptj/pzz093

[4] Hoffman, H. G., Richards, T. L., Coda, B., Bills, A. R., Blough, D., Richards, A. L., and Sharar, S. R. (2004). Modulation of thermal pain-related brain activity with virtual reality: evidence from fMRI. Neuroreport, 15(8), 1245-1248.

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