Les bénéfices subjectifs et objectifs du massage, de l’automassage et du massage assisté. Quel avenir pour la profession ?

Yann KERAUTRET et Stéphane ROLLET

Yann KERAUTRET : Doctorant en Physiologie du sport
Stéphane ROLLET : Kinésithérapeute 

Introduction :

De nombreuses études démontrent les effets positifs du massage manuel et de l’automassage. Comment le kinésithérapeute peut-il le pratiquer au quotidien en cabinet  ? Le massage assisté permet d’élargir le champ des possibilités pour le praticien.

Le massage manuel 

Le massage manuel est une pratique ancestrale, utilisée à des fins thérapeutiques ou de bien-être en fonction des traditions et de l’objectif visé. En occident, cette pratique est le plus couramment utilisée à des ns de relaxation et de détente musculaire. Son utilisation s’inscrit aussi bien pour des sportifs à la recherche de l’excellence, que pour toute personne en recherche de bien-être.

De nombreuses études démontrent les effets antalgiques du massage manuel, comme l’article [1]. Les douleurs musculaires se voient réduites par le massage, notamment lorsqu’elles sont liées à un effort physique intense ou un effort inhabituel [2];[3];[4]. Des marqueurs inammatoires, tel que les interleukines-6 et les cytokines tumor necrosis factor–a, baissent de manière signicative à la suite d’une séance de massage thérapeutique [8].

De même, les sujets relatent une diminution de leur niveau de stress et d’anxiété perçu [5];[6], ce qui a pu être corroboré à l’aide d’un système d’électroencéphalographie, par une baisse des ondes cérébrales alpha et beta [7]. A partir de prélèvements sanguins, les recherches scientiques rapportent des résultats démontrant une réduction du marqueur de stress physiologique, le cortisol [2];[5].

Les études relèvent également une augmentation de la température cutanée, à la fois locale et supercielle, ainsi qu’une augmentation de l’amplitude articulaire et de la exibilité [9]; [10]; [11].

La pratique du massage présente un intérêt lorsqu’elle intervient en complément d’autres pratiques thérapeutiques, pour obtenir des gains décontracturants ou antalgiques, dans le cadre de l’accompagnement de sportifs en préparation ou récupération, ainsi que dans le cas de rachialgies.

En revanche, le masseur-kinésithérapeute manque souvent de temps pour apporter ce confort à ses patients. Par ailleurs, l’engagement physique que le massage musculaire exige nécessite de limiter sa pratique, comme le montre l’étude [20]. Malgré ces précautions, 80,9% des masseurs kinésithérapeutes font état de douleurs liés à leur activité [21].

Massage manuel

L’automassage

L’automassage, aussi appelés dans les pays anglosaxons « foam rolling  », consiste à exercer de la pression sur les tissus mous sans intervention d’un tiers. L’automassage se pratique avec un rouleau en se servant du poids du corps ou via un bâton en actant à la force des membres supérieurs. De plus en plus de masseurs-kinésithérapeutes incitent leurs patients à les utiliser régulièrement, an d’apporter le complément de massage nécessaire aux soins thérapeutiques réalisés. Cette technique au quotidien constitue un outil efficace, utilisée notamment dans certains milieux sportifs. Tout comme le massage manuel, le « foam rolling » permet de réduire les douleurs musculaires perçues [12] ;[13] ;[14] ;[15] ; [16], et améliore la mobilité articulaire [17]  ;[18]  ;[19]. Soucieux de leur bien-être, de plus en plus de personnes se tournent vers cette pratique.

L'automassage ou "Foam Rolling"

Le « foam rolling » semble présenter une excellente alternative, mais il requiert une forte autonomie de la part du patient, rarement rencontrée hors du cadre sportif. Par ailleurs, certaines zones du corps, comme le dos par exemple, sont très difficiles à traiter avec cette approche.

Le massage avec une assistance robotisée

Une nouvelle solution, développée par la société Capsix Robotics, utilisant les dernières capacités offertes par la robotique, a développé une solution de soins de massages assistés. L’automatisation partielle du massage a déjà fait son apparition dans les cabinets avec des résultats positifs, à travers les machines de palper-rouler notamment, dans le traitement des cicatrices ou l’amincissement.

Solution I&Bot de Capsix Robotics

Cette solution élargit le champ des possibilités, en permettant au praticien d’enregistrer sa propre pratique de massage. Au-delà de l’accès à une bibliothèque de protocoles déjà conçus par des masseurs-kinésithérapeutes selon des objectifs dénis, le praticien peut créer sa propre bibliothèque de protocoles. Une fois sélectionné, le protocole est réalisé en mode mains-libres par le dispositif, en s’adaptant automatiquement à la morphologie du patient.

Le diagnostic et la prescription reste de la responsabilité du praticien, seule l’exécution est déléguée. Les soins répétitifs sont particulièrement adaptés à cet usage, permettant ainsi de limiter les troubles musculosquelettiques dans la profession.

La solution, à l’état de prototype, sera testée au cabinet de Stéphane Rollet dès 2019, dans le cadre de la thèse de Yann Kerautret, en collaboration avec le LIBM (Laboratoire Interuniversitaire de Biologie de la Motricité – Lyon I).

Bibliographie :

[1]  Y. Carcano, B. Isembrand, G. Wieczorek, et B. Boudjemaa, « Le ressenti de sportifs lors d’un massage de récupération en termes de douleur et fatigue musculaires et de bien-être », Rô Place Bandages Adhésifs Act. Coul., vol. 10, n 104, p. 46‑50, août 2010.

[2]  L. Smith et al., « The Effects of Athletic Massage on Delayed Onset Muscle Soreness, Creatine Kinase, and Neutrophil Count: A Preliminary Report  », J. Orthop. Sports Phys. Ther., vol. 19, n 2, p. 93‑99, févr. 1994.

[3]  J. E. Hilbert, G. A. Sforzo, et T. Swensen, « The effects of massage on delayed onset muscle soreness », Br. J. Sports Med., vol. 37, n 1, p. 72, févr. 2003.

[4]  Z. Zainuddin, M. Newton, P. Sacco, et K. Nosaka, « Effects of Massage on DelayedOnset Muscle Soreness, Swelling, and Recovery of Muscle Function », J. Athl. Train., vol. 40, n 3, p. 174‑180, 2005.

[5]  S. Leivadi et al., « Massage therapy and relaxation effects on university dance students », J. Dance Med. Sci., vol. 3, n 3, p. 108‑112, 1999.

[6]  P. A. Sharpe, H. G. Williams, M. L. Granner, et J. R. Hussey, « A randomised study of the effects of massage therapy compared to guided relaxation on well-being and stress perception among older adults », Complement. Ther. Med., vol. 15, n 3, p. 157‑163, sept. 2007. 

[7]  T. Field et al., « Massage Therapy Reduces Anxiety and Enhances Eeg Pattern of Alertness and Math Computations  », Int. J. Neurosci., vol. 86, n 3‑4, p. 197‑205, janv. 1996.

[8]  J. D. Crane et al., «  Massage Therapy Attenuates Inammatory Signaling After Exercise-Induced Muscle Damage  », Sci. Transl. Med., vol. 4, n 119, p. 119ra13, févr. 2012.

[9]  B. Drust, G. Atkinson, W. Gregson, D. French, et D. Binningsley, «  The effects of massage on intra muscular temperature in the vastus lateralis in humans », Int. J. Sports Med., vol. 24, n 06, p. 395‑399, 2003

[10]  T. Hinds, I. McEwan, J. Perkes, E. Dawson, D. Ball, et K. George, «  Effects of massage on limb and skin blood ow after quadriceps exercise  », Med. Sci. Sports Exerc., vol. 36, n 8, p. 1308‑1313, 2004.

[11]  H. Mori, Hideo Ohsawa, Tim Hideaki Tanaka, Eiichi Taniwaki, Gerry Leisman, et Kazushi Nishijo, «  Effect of massage on blood ow and muscle fatigue following isometric lumbar exercise », Med. Sci. Monit., vol. 10, n 5, p. 173‑178, 2004.

[12]  R. Grieve, S. Barnett, N. Coghill, et F. Cramp, « Myofascial trigger point therapy for triceps surae dysfunction: A case series », Man. Ther., vol. 18, n 6, p. 519‑525, déc. 2013.

[13]  K. Jay et al., « SPECIFIC AND CROSS OVER EFFECTS OF MASSAGE FOR MUSCLE SORENESS: RANDOMIZED CONTROLLED TRIAL », Int. J. Sports Phys. Ther., vol. 9, n 1, p. 82‑91, févr. 2014.

[14]  G. Z. MacDonald, D. C. Button, E. J. Drinkwater, et D. G. Behm, « Foam Rolling as a Recovery Tool after an Intense Bout of Physical Activity », Med. Sci. Sports Exerc., vol. 46, n 1, p. 131‑142, 2014.

[15]  B. Romero-Moraleda et al., «  Neurodynamic mobilization and foam rolling improved delayed-onset muscle soreness in a healthy adult population: a randomized controlled clinical trial », PeerJ, vol. 5, p. 18, oct. 2017.

[16]  S. W. Cheatham, M. J. Kolber, et M. Cain, « COMPARISON OF VIDEO-GUIDED, LIVE INSTRUCTED, AND SELF-GUIDED FOAM ROLL INTERVENTIONS ON KNEE JOINT RANGE OF MOTION AND PRESSURE PAIN THRESHOLD: A RANDOMIZED CONTROLLED TRIAL », Int. J. Sports Phys. Ther., vol. 12, n 2, p. 242‑249, avr. 2017.

[17]  K. M. Sullivan, D. B. Silvey, D. C. Button, et D. G. Behm, «  ROLLER‐MASSAGER APPLICATION TO THE HAMSTRINGS INCREASES SIT‐AND‐REACH RANGE OF MOTION WITHIN FIVE TO TEN SECONDS WITHOUT PERFORMANCE IMPAIRMENTS  », Int. J. Sports Phys. Ther., vol. 8, n 3, p. 228‑236, juin 2013.

[18]  I. Halperin, S. J. Aboodarda, D. C. Button, L. L. Andersen, et D. G. Behm, « ROLLER MASSAGER IMPROVES RANGE OF MOTION OF PLANTAR FLEXOR MUSCLES WITHOUT SUBSEQUENT DECREASES IN FORCE PARAMETERS », Int. J. Sports Phys. Ther., vol. 9, n 1, p. 92‑102, févr. 2014.

[19]  S. W. Cheatham et K. R. Stull, « COMPARISON OF THREE DIFFERENT DENSITY TYPE FOAM ROLLERS ON KNEE RANGE OF MOTION AND PRESSURE PAIN THRESHOLD: A RANDOMIZED CONTROLLED TRIAL  », Int. J. Sports Phys. Ther., vol. 13, n 3, p. 474‑482, juin 2018.

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