Le reconditionnement du sportif lombalgique

Christian GAL

Masseur Kinésithérapeute

Depuis 1960 les sportifs continuent, malgré les changements de générations, à accepter la douleur, à la côtoyer au quotidien, à travers les préparations physiques de plus en plus exigeantes et où le mot entraînement rime avec souffrance musculaire, physiologique

  • Le sportif lombalgique 

Depuis 1960, catégorie socioprofessionnelle particulière, les sportifs continuent, malgré les changements de générations, à accepter la douleur, à 

la côtoyer au quotidien, à travers les préparations physiques de plus en plus exigeantes et où le mot entraînement rime avec souffrance musculaire, 

physiologique. 

Malgré les courbatures, la fatigue, les inflammations (tendinites, périostite, etc.), et les chocs (hématomes, entorses, etc.), les sportifs font et travaillent avec ! 

Définition du sportif 

SPORTIF AMATEUR : DEFINITITON DE L’AMATEUR ATHLETIC CLUB DE 1866 

“Est amateur tout gentleman qui n’a jamais pris part à un concours public ouvert à tout venant ou pour de l’argent provenant des admissions sur le terrain ou autrement, ou qui n’a jamais été, à aucune 

période de sa vie : 

– professeur ou moniteur d’exercice de ce genre comme moyen d’existence, qui n’est ni ouvrier ni artisan ni journalier ; 

– si on touche un prix en espèces ou en chèque ; 

– si on reçoit un salaire de professeur ou de moniteur d’éducation physique; 

– si on participe à un concours “open”.” 

Particularités : profil psychologique, motivations 

Les nombreuses études comparatives, menées pour la plupart à l’aide de questionnaires psychologiques, ont permis d’élaborer un portrait type du 

sportif qui se présenterait ainsi : 

“Par rapport au non sportif, le sportif est : 

– davantage tourné vers les objets et personnes du monde extérieur et manifeste plus d’assurance sociale ; 

– plus agressif et porté à dominer les autres ; 

– stable émotionnellement, variant peu dans son énergie, ses intérêts et son humeur ; 

– capable de supporter plus facilement la douleur physique ; 

– délibéré dans ses conduites et moins impulsif.” 

De même que les études constitutionnalistes, ces descriptions 

ne tiennent pas compte du fait que les traits psychologiques semblent dépendants de la spécialité sportive pratiquée. 

Dans notre série de lombalgiques, de 1989 à 1999, sur 488 patients sportifs: 

– 52 étaient des sportifs professionnels; 

– 109 étaient des sportifs amateurs compétiteurs ; 

– 227 étaient des sportifs amateurs ne pratiquant pas de compétition ; 

– 116 effectuaient plus de 5 h d’entraînement par semaine ; 

– 111 effectuaient moins de 5 h (moyenne : 1 h 30 mn). 

Plus le sportif a un haut niveau d’entraînement, moins la durée d’arrêt sportif est longue et plus il compose avec sa douleur, pratiquant même 

en compétition. 

Pour notre étude, de 11 à 66 ans, sur 41 % de femmes et 59 % d’hommes : 

– 35 % des épisodes durent moins de 24 h ; 

– 41 % moins d’une semaine ; 

– 20 % moins de 45 jours ; 

– 4 % moins de 3 mois. 

Autre curiosité de notre série : nous n’avons que 25 % de causes non spécifiques, étiquetées “lombalgies communes”, 90 % en moyenne 

dans la plupart des séries. 

Devons-nous penser que le patient sportif induit une recherche plus “poussée” de la cause de ses douleurs, ou sommes-nous devant une 

coïncidence ? 

Les sports incriminés et leurs lésions spécifiques 

SPORTS A FORT RISQUE DISCAL : 22 % DE NOS CAS, 15 % EN POSTOPERATOIRE (7 % SANS CHIRURGIE) 

– Les sports en compression (haltérophilie, aviron, rugby, football, judo, etc.) ; 

– les sports en flexion-torsion (tennis, javelot, golf, ski, perche, etc.). 

La hernie a une place de choix (dégénérescence discale, protusion), parfois même chez des adolescents. 

L’ATTEINTE DES ARTICULATIONS POSTERIEURES : 10 % 

– Donne des douleurs plus latéralisées avec, comme origine au blocage constaté selon certains auteurs, une lésion sur les petits ménisques que comporte cette surface articulaire postérieure. On peut parler aussi d’entorses à minima ou subluxations à ce niveau. Pour d’autres auteurs, le cartilage à ce niveau peut se “coincer” au niveau d’une de ces faces crénelées (compatible avec l’effet positif des manipulations vertébrales, parfois relayé par une infiltration) ; 

– la gymnastique, la danse, le ski, les sauts, les sports de combat, les lancers (amplitude diagonale extrême), le volley-ball, le tennis (passage 

de l’hyperextension à la flexion). 

LES ATTEINTES LIGAMENTAIRES : 6 % 

Peu courantes, délicates de diagnostic, on les retrouve dans des exercices pratiqués dans des positions extrêmes et prolongées, ou lors de leur mise en tension dans certains efforts brusques (lancers, haltérophilie, judo, football, rugby). 

Elles concernent les ligaments interépineux, surépineux et ilio-lombaires. Elles sont favorisées par le “sacrum socle”, décrit par Bourdiol. 

LES ATTEINTES MUSCULAIRES : 7 % 

Variées, très complexes, elles peuvent évoluer pour leur propre compte ou traduire l’atteinte associée ou originelle d’une autre structure lombaire (articulaire postérieure). 

Les déchirures sont exceptionnelles. Les surmenages fréquents se traduisent par des points “myalgique-gâchettes”, les contractures associées à un dérangement intervertébral mineur de Maigne. 

On sait que, parfois, un déséquilibre de force entre quadriceps et ischio-jambiers dans certains sports, peut être à l’origine d’un mauvais rythme lombo-pelvi-fémoral. Cette anomalie engendre elle-même une souffrance lombaire qui sera donc prise en charge, en travaillant également au niveau des muscles des membres inférieurs. 

L’insuffisance des muscles toniques périrachidiens peut aussi générer des lombalgies : leur vieillissement (dégénérescence graisseuse) les rend moins efficaces dans leur fonction de tuteurs de la colonne lombaire. 

TROUBLE DE CROISSANCE ET SPONDYLITE : 7 % 

Des contraintes mécaniques sur les plateaux vertébraux des enfants altèrent le cartilage de croissance, telle la maladie de Scheuermann, découverte souvent tardivement et fortuitement (3 % de troubles de croissance). 

L’hyperextension brutale et l’hyperlordose sont à l’origine d’un certain nombre de fractures de fatigue (spondylolyse avec ou sans listhésis : 4 %) à surveiller, notamment si cette atteinte touche les deux côtés d’une même vertèbre. 

LOMBALGIES TRAUMATIQUES : 9 % DE NOS CAS 

Elles découlent d’un traumatisme violent (choc, chute, éjection), à l’origine de fractures (corps vertébral, transverse, épineuse). Elles ne sont pas les plus fréquentes et souvent liées à des activités physique et sportive “à risques” (sport mécanique essentiellement, VTT récent, ski, rugby, rock acrobatique, etc.). 

Le gros problème est lié aux atteintes ligamentaires associées, cause potentielle d’instabilité discale. 

DYSHARMONIE DE COURBURES : 5 % DE NOS CAS 

Du fait des modifications de répartitions de pressions, elles seront à l’origine de souffrance des structures lombaires : hyperlordose, attitude 

scoliotique ou scoliose vraie. 

De plus en plus, les scolioses mineures (tel un angle < 35°) et surveillées, autorisent une pratique de sports non lordosants (cyphosants donc), même asymétriques (judo, tennis, escrime, aviron, natation, cyclisme). 

CAUSES RARES : 2 % DES TRAITEMENTS MEDICAUX 

Elles concernent les kystes des articulaires postérieures, des tumeurs des tissus nerveux (neuronomes), des métastases de cancer, etc. 

CAUSES NON SPECIFIQUES OU INTRIQUEES, DONT  L’ORIGINE RESTE NON PRECISEE ET LE TRAITEMENT MAL CODIFIE : 25 % 

LOMBALGIES SURVENANT DANS UN CONTEXTE  D’ACCIDENT DU TRAVAIL : 5 % 

Nous les avons spécifiées et individualisées en raison des aspects sociaux qu’elles comportent. 

LOMBALGIES D’ORIGINE VISCERALE : 1 % 

LOMBALGIES DITES “PSYCHIATRIQUES PURES” : 0,5 % 

Les sujets ne présentent aucun signe d’atteinte physique et des manifestations, caractérisées et classées selon des critères psychiatriques, ont été dûment constatées. 

LOMBALGIES DITES “DIPLOMATIQUES” : 0,5 % 

Elles sont propres au milieu sportif et évoquées parfois devant les médias pour expliquer la mise à l’écart d’un joueur ou une contre-performance (paradoxalement, souvent les plus dures à soigner !). 

L’entraînement intensif n’est jamais anodin, imposant des contraintes excessivement importantes au niveau du rachis lombaire (compression, 

torsion, flexion). Cet inventaire ne doit cependant pas nous faire oublier 

que, pratiqué de manière modérée, le sport est bénéfique pour les muscles périrachidiens (cf. Tom Mayer). 

Les facteurs prédisposant aux lombalgies 

Ils sont liés : 

– au sport pratiqué ; 

– aux épisodes de surentraînement; 

– aux troubles morphologiques de l’individu ; 

– à ses qualités musculaires (raideur, insuffisance) ; 

– aux technopathies ; 

– à l’âge du sportif : les risques sont plus grands sur un rachis qui a vieilli ; 

– aux pathologies surajoutées : la pratique du sport nécessite un fonctionnement mécanique harmonieux de l’ensemble du squelette. Un seul maillon faible déstabilise la chaîne. Un genou opéré qui présente quelques séquelles peut interdire certains appuis : il s’ensuit alors une cascade de conséquences, dont la plus fréquente est la surcharge 

lombaire. 

La prévention, “le compagnon d’entraînement que tout athlète doit solliciter à ses côtés”, est essentielle, les mots et moyens clés étant : 

étirements et musculation abdominale. 

Enfin, chez l’enfant et l’adolescent, il faut être vigilant sur l’adéquation entre les charges supportées et les possibilités du sujet, danger pour une 

bonne maturation osseuse. 

Encourageons, malgré ce tableau de souffrance, la pratique du sport. En effet, paradoxalement, s’il est vrai que classiquement les personnes de 30 à 50 ans sont plus touchées par les lombalgies au sein d’une population sportive qui ne ménage pas ou peu son rachis, on s’attendrait à trouver bon 

nombre de lombalgiques après leur retraite sportive. En fait, les 

athlètes semblent moins souffrir de lombalgies que l’ensemble de la population. 

Tous les sports peuvent faire mal au dos mais le sport bien pratiqué est bon pour le dos ! 

La plupart des douleurs du dos dans le sport sont dues à des technopathies : 

– problème de terrain trop sec ou trop lourd, mal ou difficilement entretenu, terrains synthétiques des premières générations (football, rugby, 

hockey sur gazon, etc.) ; 

– problème d’équipement (chaussures, vélo, etc.) ; 

– gestuelle sportive. Deux populations sont particulièrement exposées : le très bon joueur par hypersollicitation, et le débutant, dont les défauts 

techniques et parfois une mauvaise préparation physique, décompenseront une pathologie lombaire préexistante. 

A TITRE D’EXEMPLE, LE GOLF : QUELQUES CONSEILS ET REMARQUES EN VRAC 

Le sac de golf ne doit pas être porté par le joueur mais posé sur un chariot. On peut proposer une stance plus ouverte et plus étroite, cela facilitera la 

rotation lors du swing.  

L’adoption d’un plan de swing plus plat, le talon gauche soulevé pendant le back swing, aideront la rotation du tronc tout au long du swing, afin 

d’atteindre un finish qui protège la charnière dorso-lombaire : le finish en I… 

AUTRE EXEMPLE : LE CYCLISME 

La position particulière qu’ils sont contraints d’adopter, entraîne chez de nombreux cyclistes, des algies vertébrales. Les origines de ces maux 

sont extrêmement variées et relèvent la plupart du temps d’une mauvaise adaptation du couple homme-machine. 

Les différents réglages possibles pêle-mêle : la hauteur de selle, le recul de la selle, la largeur du guidon, la position des cocottes de freins, la longueur 

de jambe : chercher la différence (la mesure de l’entrejambe, quelle que soit la taille, est déterminante). 

DERNIER EXEMPLE : LE TENNIS 

Là aussi, rôle de la surface de jeu, la référence demeure la terre battue, surface particulièrement souple. 

C’est incontestablement le “service” qui est le plus grand pourvoyeur de lombalgies. Il nécessite dans sa réalisation une coordination parfaite. 

Un lancer de balle trop postérieur, antérieur, ou latéral implique des contraintes anormales sur les lombes, ainsi qu’une flexion de genou insuffisante. 

Le revers à deux mains est plutôt déconseillé aux lombalgiques, 

ainsi que le jeu en lift en coup droit. 

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