L'apport du pistolet de massage en kinésithérapie du sport

Franck MOREAU

Masseur Kinésithérapeute

Bonjour Franck. Tout d’abord comment avez-vous découvert le pistolet de massage en tant qu’outil thérapeutique ?

Franck MOREAU : J’ai découvert cet outil il y a un peu plus de 3 ans par l’intermédiaire d’un arbitre professionnel que je suis régulièrement. Cela faisait à l’époque plusieurs semaines qu’il m’en parlait, il l’utilisait pour la récupération post-match et en était vraiment très satisfait… Un confrère impliqué dans le suivi des patineurs de vitesse m’en a également parlé car il s’est rendu compte que cet outil était déjà régulièrement utilisé par les athlètes américains, néerlandais ou japonais… mais pas encore par les athlètes français. Par curiosité, je l’ai d’abord testé quelques jours sur des patients volontaires et ce pour différentes pathologies (lombalgies, lésions musculaires…) et les retours ont été immédiatement positifs. Depuis je ne m’en sépare plus. Je vois également autour de moi de plus en plus de kinés, d’athlètes parmi les équipes nationales que je suis, ou même de particuliers qui l’utilisent… Son utilisation se démocratise dans des corps de métier parfois inattendus !

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l’intérêt du pistolet par rapport à des techniques plus conventionnelles de massage ?

F.M. : Le pistolet va avoir deux effets principaux, que l’on associe généralement à la plupart des techniques de massage : l’hypervascularisation et la relaxation des tissus massés. En revanche, l’effet « physiologique » obtenu sera à la fois plus puissant et plus précis, ce qui permet d’agir sur la masse musculaire traitée plus rapidement. Par exemple, je constate un effet antalgique réel lors de son application autour d’une contracture musculaire ou d’un hématome. Et surtout, les douleurs et les contraintes perçues par le kiné sont moins importantes par exemple pour le traitement d’une zone contracturée ou émaciée qui demande parfois beaucoup d’énergie, par exemple chez certains sportifs musclés et plutôt « raides ». Clairement, le temps passé sur la zone à masser et l’énergie que j’y investis sont moins importants, pour un résultat de même qualité ! Ainsi je n’utilise quasiment plus que cet outil pour intervenir directement sur une contracture musculaire ou une fibrose… Il s’agit aussi d’un vrai bénéfice pour le patient qui l’utilise. Prenons le cas de la relaxation musculaire : j’ai souvenir lors d’une préparation olympique, d’un sprinteur de top niveau mondial qui passait près de 4 heures par jour à s’étirer ! Or si vous associez par exemple l’étirement du muscle agoniste avec le massage de l’antagoniste pour favoriser sa relaxation, vous gagnerez clairement du temps pour des résultats identiques.

Vous parliez auparavant des problématiques de fibrose tissulaire… Quel protocole de prise en charge préconisez-vous avec intégration du pistolet de massage pour la régénération des tissus fibrosés ?

F.M. : Personnellement j’ai la chance d’avoir à proximité de mon cabinet, un centre médical avec lequel je travaille main dans la main et qui est équipé d’un échographe. Je dispose ainsi de rapports détaillés qui me permettent de localiser de manière très précise la zone lésée, et d’évaluer l’étendue de la fibrose. Je peux ainsi agir plus efficacement… Pour la prise en charge, je commence généralement par une décontraction à distance à l’aide du pistolet de massage en naviguant autour de la zone concernée (vitesse de percussion entre 1 et 3). J’avance ensuite progressivement vers la zone en question afin de la masser, toujours avec le pistolet, plus ou moins longtemps et à plus ou moins haute vitesse en fonction des caractéristiques de la fibrose et du « profil » musculaire du patient (plus la musculature du patient est raide, et plus le massage est susceptible de durer…). Selon l’étendue de la fibrose, je vais également utiliser l’embout « plat » ou l’embout « pointe » en fonction de la « gravité » de la fibrose. Je recommande cependant d’être prudent lors des premières séances sur le choix de la vitesse de percussion ou sur la pression exercée…

Justement, comment peut-on s’assurer et contrôler la qualité du massage exercé avec le pistolet ? Doit-on respecter certains critères ?

F.M. : L’expérience m’a prouvé que l’on parvient rapidement à objectiver le protocole le plus efficace pour une pathologie donnée. Pour ma part, j’ai eu besoin de quelques semaines pour bien appréhender l’utilisation du pistolet.

 Nous pouvons toujours préconiser un protocole bien précis en fonction d’une pathologie, mais très concrètement vous adapterez les réglages ou le temps de massage au patient ou à vous-même et pour cela n’hésitez pas à faire appel à un utilisateur plus « chevronné » parmi votre réseau. L’exercice du pistolet de massage génère des vibrations au niveau musculaires qui ne seront pas absorbées de manière identique, selon les caractéristiques de raideur et de constitution de la masse musculaire exposée : vous n’allez donc pas agir de la même manière selon que votre patient soit sédentaire ou athlétique ! Par exemple, le choix d’une vitesse de percussion faible (1 à 3) n’est pas pertinent sur une masse raide ou peu épaisse, car le massage peut devenir rapidement inconfortable… Ainsi, plus la lésion musculaire est profonde, plus il est préférable de choisir une vitesse de percussion élevée (de 6 à 9). Il est donc important de tenir compte du confort perçu par le patient lors du massage, et d’adapter son exercice en fonction du retour. De même, en tant que kiné, il est important de réfléchir préalablement à l’effet recherché et d’avoir un aperçu précis de la lésion traitée. En résumé, en fonction du profil du patient et de la pathologie, vous adapterez à la fois le temps d’application, la distance à laquelle vous vous tiendrez de la zone à masser, la pression exercée et la vitesse de percussion de la zone à masser. Ce questionnement est à reproduire lors de chaque prise en charge, mais votre appréhension deviendra très efficace après quelques semaines ! Et surtout, vous pouvez intervenir sur tout type de pathologie, même sur une cervicalgie par exemple (par le massage du trapèze à distance suffisamment importante de la zone douloureuse).

Selon vous, quelles applications possibles pour le pistolet de massage mériteraient-elles d’être davantage explorées ?

F.M. : Je peux vous citer plusieurs exemples ! Parmi d’autres :

  • Sur un flessum de genou, vous placez le sujet en décubitus dorsal et en appui contre une presse par exemple, et vous travaillez avec le pistolet de massage sur les ischio-jambiers et les mollets dans le cadre d’un travail agoniste/antagoniste afin de décontracter le muscle antagoniste, toujours en tenant compte du « profil » musculaire de votre patient dans le choix de la vitesse et de la pression de percussion
  • Sur des cas d’arthrose, vous allez agir sur les masses musculaires qui sollicitent potentiellement l’articulation concernée afin de favoriser leur relaxation et limiter la pression qui s’exerce sur l’articulation
  • Sur un hématome résiduel post-entorse de cheville par exemple, le massage de la voûte plantaire et du mollet favorise leur hypervascularisation et leur relaxation ce qui permet aussi d’agir sur les « compensations » motrices relatives à la pathologie elle-même
  • Sur la prise en charge de certaines névralgies, l’application du pistolet sur des zones musculaires périphériques au nerf (ex. sur un muscle pyramidal dans le cas d’une sciatalgie tronquée) dans un but de relaxation des muscles concernés pourrait avoir un intérêt, toutefois la question de l’effet antalgique sur la zone nerveuse inflammée mériterait d’être investiguée avec des neurologues…

Pour conclure, considérez-vous le pistolet de massage comme un outil incontournable de l’arsenal thérapeutique du kiné ? Et si oui, quels sont les critères de sélection du pistolet « idéal » ?

F.M. : Indispensable est peut-être un peu fort, mais quoi qu’il en soit le pistolet de massage est un outil terriblement efficace car il permet réellement de gagner du temps et de l’énergie pour le patient comme pour le thérapeute, et d’optimiser la récupération entre autres. Pour le choix de l’appareil idéal, les critères de référence sont la maniabilité, l’ergonomie de l’appareil, l’autonomie de la batterie et enfin, la largeur du choix de vitesses de percussion et de têtes de massage. Pour cela, le pistolet SIFUSPORT offre un bon compromis.

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