Et si le quadriceps avait un rôle dans les douleurs antérieures de genou?

Dr Damien MONNOT

Médecin du sport
Centre Orthopédique SANTY
Association Health & Sports Science for Human Body

Le syndrome fémoro-patellaire (ou syndrome douloureux rotulien) est une pathologie du sujet jeune et souvent sportif dont le diagnostic pose à ce jour peu de problème mais dont la prise en charge reste complexe et délicate avec des résultats souvent décevants.

La démocratisation de l’isocinétisme en évaluation, déjà utilisé depuis longtemps en rééducation, a permis de déterminer un profil spécifique du syndrome douloureux rotulien et d’identifier la participation fonctionnelle du quadriceps dans la survenue de cette pathologie lorsqu’il est déficitaire.

 

  1. Le syndrome douloureux rotulien: rappels [1 ;3 ;4]
  • Signes fonctionnels

Le syndrome douloureux rotulien (SDR) se caractérise par des douleurs antérieures caractéristiques de localisation rotulienne et/ou péri-rotulienne. Ces douleurs sont d’horaire mécanique survenant :

  • en statique avec le signe du cinéma caractérisé par des douleurs antérieures du genou provoquées par la position assise prolongée et soulagées par l’extension.
  • – en dynamique avec des douleurs antérieures à la montée et descente d’escaliers, lors du redressement de la position accroupie et lors de la pratique sportive en flexion prolongée et/ou répétée (type ski alpin).

Elles sont uni- ou bilatérales et sont accompagnées :

  • très souvent de craquements rotuliens lors du passage de la flexion à l’extension et inversement ou de sensations d’accrochage rotulien mal vécu par le patient
  • plus rarement d’épisodes de pseudo-blocages.
  • Signes physiques

 

Le genou est habituellement sec dans le SDR et il n’existe pas de limitation des amplitudes ni passives ni actives. En revanche, on retrouve de manière quasi constante une douleur à la palpation des facettes rotuliennes (plus volontiers en interne qu’en externe) ainsi que fréquemment un signe de Zohlen positif (douleur antérieure déclenchée par une contraction isométrique du quadriceps réalisé par le patient en décubitus et genou en extension pendant que l’examinateur s’oppose à l’ascension de la rotule avec ses doigts).

Des facteurs favorisants peuvent être observés à l’examen clinique tel que [2] :

  • une hypermobilité rotulienne
  • une patella alta
  • une raideur (souvent bilatérale) des ischio-jambiers.

 

Enfin, il n’est pas rare de constater une amyotrophie quadricipitale (prédominante sur le vaste interne) en contraction isométrique du quadriceps sur un patient en décubitus genou en extension.

 

  1. Place de l’isocinétisme dans la prise en charge du SDR

 

L’isocinétisme permet l’évaluation de la force musculaire du couple quadriceps/ischio-jambiers selon un mode de contraction musculaire volontaire dynamique à vitesse constante grâce à une résistance auto-adaptée. Cette évaluation concentrique et excentrique de la force musculaire se fait à l’aide de dynamomètres informatisés (type CON-TREX).

Le syndrome douloureux rotulien est une complication fréquente après reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA) du genou, source de retard dans la reprise de l’activité sportive.

L’isocinétisme, déjà utilisé en rééducation dans la prise en charge de cette pathologie, a également permis de progresser dans la compréhension des mécanismes responsables du SDR.

Ainsi, nous avons réalisé une étude sur 621 patients ayant bénéficié d’une évaluation isocinétique à 6 mois (+/-20 jours) post-LCA (dont 98 souffraient de SDR). Le but de l’étude était de comparer le profil isocinétique après plastie du LCA entre les patients asymptomatiques et les patients souffrant de SDR. En effet, l’atrophie du quadriceps, associée à une inhibition du vaste interne, fait partie des causes fréquemment décrites, mais celles-ci restent à être formalisées.

 

Les reconstructions du LCA ont été effectuées à partir de 3 types de greffes : droit interne et demi-tendineux (DIDT), demi-tendineux seul (DT) ou tendon rotulien (KJ).

La force du quadriceps et des ischio-jambiers a été évaluée en mode concentrique (à 180°/s, 90°/s et 240°/s) et en mode excentrique (à 30°/s).

 

Graphique représentant la répartition des patients symptomatiques et asymptomatiques après ligamentoplastie en fonction des greffons utilisés (Graphique n°1)

Comparaison des valeurs de forces maximales normalisées au poids corps (p=0.001), mesurées par tests isocinétiques entre le groupe opéré asymptomatique et le groupe opéré symptomatique en concentrique et excentrique au niveau des quadriceps et des ischios-jambiers (graphique 2 à 5)

L’analyse des tests isocinétiques met en évidence une incidence significativement plus élevée (graphique 1) du nombre de SDR après ligamentoplastie par tendon rotulien que par greffe aux ischio-jambiers (DIDT et DT).

Nous avons pu observer (graphique 2 à 5) que les sujets atteints de SDR présentaient un déficit de force significatif du quadriceps en concentrique et en excentrique par rapport aux patients asymptomatiques. En revanche, aucune différence significative n’a été observée au niveau des ischio-jambiers.

Cette étude renforce donc l’hypothèse qu’un déficit de force aussi bien concentrique qu’excentrique du quadriceps intervient dans la physiopathologie du SDR et qu’un dépistage précoce de ce déficit est nécessaire (par le biais d’un test isocinétique à partir de 5 mois post-LCA) pour une prise en charge adaptée tant en rééducation qu’en réathlétisation.

 

Bibliographie :

1) Anderson G, Herrington L. A comparison of eccentric isokinetic torque production and velocity of knee flexion angle during step down in patellofemoral pain syndrome patients and unaffected subjects. Clinical biomechanics, 2003; 18:500-504.

2) Dixit S. Management of patellofemoral pain syndrome. Am Fam Physician, 2007 Jan; 15;75(2):194-202.

3) Dupont JY. Pathologie douloureuse fémoro-patellaire ; analyse et classification. J Traumatol Sport, 1997; 14, 30-48.

4) Heintjes EM, Berger M, Bierma-Zeinstra SMA, Bernsen RMD, Verhaar JAN, Koes BW. Exercise therapy for patellofemoral pain syndrome. Cochrane databse of systematic reviews, 2003; issue 4.

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