Blessures et prévention en kayak

Frédéric JUILLAGUET

 Kinésithérapeute du sport 
Éducateur sportif canoë-kayak 
 

La pratique du kayak sollicite le rachis dans tous les axes et dans des amplitudes extrêmes, avec application de forces importantes multipliées par le bras de levier (la pagaie), dit de troisième classe.

La pratique du kayak sollicite le rachis dans tous les axes et dans des amplitudes extrêmes, avec application de forces importantes multipliées par le bras de levier (la pagaie), dit de troisième classe [8]. Ces considérations technopathiques peuvent déjà expliquer partiellement l’existence de blessures, souvent anciennes (73 %) qui empêchent dans 52 % des cas l’activité plus de 4 semaines, et qui surviennent progressivement (46 %), et répétées (entre 2 et 5 fois pour 56 %, et 6 fois et plus pour 16 %). 

De plus, la blessure s’est installée parfois à l’entraînement (41 %) parfois en compétition (22 %) parfois en musculation (16 %). Les athlètes reconnaissent plutôt une cause interne (65 %). 

Paradoxalement, le volume hebdomadaire consacré à la pratique sportive est finalement peu significatif de l’arrivée des blessures, de 30 % pour moins de 5 h, à 17 % pour 16 à 20 h. 

En revanche, le niveau de pratique semble primordial, puisque les compétiteurs sont majoritaires (62 %), et parmi eux ceux de niveau national (55 %) sont les plus blessés, loin devant les internationaux (19 %). 

Une première piste de traitement de leur blessure est donnée par l’utilisation de protection (straptape, attelle ou autre) qui est utilisée de manière préventive (26 %), voire en protection (30 %) pour une ancienne blessure. 

La protection est perçue comme utile pour pré- venir une blessure (58 %), efficace pour protéger une ancienne blessure (30 %), nécessaire pour prévenir une blessure (48 %) ou pour protéger une ancienne blessure (50 %). 

Ce qui nous intéresse plus particulièrement concerne les exercices spécifiques, effectués pour 52 %, et que les kayakistes pourraient effectuer le cas échéant (86 %). Cette différence importante (34 %) montre l’intérêt d’un apprentissage d’exercices spécifiques. De la même manière, il existe un léger différentiel de 4 % entre ceux qui estiment utiles (96 %) ou nécessaires (92 %) ces exercices spécifiques pour prévenir une blessure. Un différentiel identique de 4 % existe entre ceux qui estiment utiles des exercices spécifiques pour protéger une ancienne blessure (94 %) ou nécessaires (90 %). 

Lorsque nous abordons la question de la réalisation concrète de ces exercices spécifiques, 31 % estiment ne pas savoir les exécuter correctement. Comme 52 % effectuent des exercices spécifiques, et que 31 % ne savent pas les exécuter, nous voyons qu’il existe un besoin réellement important pour ces apprentissages, corroboré par les 78 % qui estiment avoir besoin d’aide pour apprendre à effectuer ces exercices correctement, ou même pour les effectuer correctement (43 %). 

Dès lors, le kinésithérapeute qui dispose du temps inhérent aux apprentissages semble le professionnel de santé adéquat pour mettre en œuvre ces exercices spécifiques. Il en résulte que 87 % des athlètes blessés ont entrepris une démarche de 

soins, 74 % ont bénéficié de séances en kinésithérapie. 76 % sont satisfaits de leur prise en charge kinésithérapique. 

Pour améliorer ce score, il nous paraît intéressant d’améliorer la prise en charge des kayakistes, pour une prévention ou une protection plus fines d’anciennes blessures en étant plus près de leurs attentes d’exercices spécifiques. 

Parmi les limites de cette enquête, la population recrutée (kayakistes des pôles) constitue une partie seulement des licenciés à la FFCK. Cela pourrait être un biais pour les traumatologies recensées et les résultats sur la prise en charge. En revanche, le suivi médical de ces kayakistes étant intégré à leur parcours sportif, nous pensons avoir dégagé des indications thérapeutiques quant aux attentes d’exercices spécifiques. En effet, ces athlètes, qui vont intégrer l’élite nationale pour la plupart, cherchent à optimiser tous les aspects de leur entraînement et de leur performance, et donc aussi par extension à prévenir les blessures, et aussi à mieux se protéger de celles-ci. 

CONCLUSION 

Le kayak présente la particularité d’être un sport « assis », incluant des pathologies particulières dues à sa position contrainte et à un équipement spécialisé. Cette activité sportive génère des forces transmises au niveau de la pagaie, afin de concilier équilibre, direction et propulsion, et de maintenir une coordination optimale dans un environne- ment instable. Il s’avère que les lésions les plus fréquentes apparaissent au niveau des poignets, des épaules, et du rachis (fig. 14).

Des considérations technopathiques doivent aussi guider le praticien vers la prise en charge la plus adaptée, notamment par rapport aux contraintes rachidiennes et pelviennes. 

Cette enquête révèle l’information principale suivante : les sportifs interrogés souhaitent des séances de kinésithérapie alliant spécificité appliquée et pédagogie augmentée pour prévenir les blessures.

Nous reviendrons sur ce sujet en proposant quelques pistes de travail lors d’un prochain article.

 [8] Bouisset S, Maton B. Muscles, posture et mouvement. Paris : Herman, 1996. 

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