Sport et arthrose

Patrick Berdoulet

« Les progrès dans l’arthrose ont été considérables en 20 ans, notamment dans le domaine de la compréhension de la maladie. Pour autant, nous sommes toujours dans l’attente du traitement de l’arthrose, c’est-à-dire un traitement qui ralentirait durablement et efficacement la maladie. »

La plupart des traitements médicaux et non médicaux pharmacologiques ou non pharmacologiques utilisés de nos jours ont peu évolué, sauf l’utilisation de l’acide hyaluronique – avec ses limites cependant – et le nombre de prothèses va en augmentant.

SPORT ET ARTHROSE

La question à se poser est : « Le sport est-il délétère pour nos articulations ?». La réponse ne peut pas être unique car cela dépend de plusieurs paramètres :

– l’âge de début ;
– le niveau pratiqué ;
– la fréquence des entraînements et des compétitions ;
– sport à impact ou non ;
– les traumatismes ostéo-articulaires.

 

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Figure 1
Radiographie de coxarthrose avant prothèse

 

Sur l’étude de Lequesne , nous voyons les conséquences du sport en fonction du type d’activité et du niveau pratiqué sur l’apparition d’une coxarthrose (fig. 1 et tab. I).

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Tableau I
Conséquences du sport en fonction du type d’activité et du niveau pratiqué
sur l’apparition d’une coxarthrose, d’après Lequesne et al.

Par ailleurs, la pratique sportive, en augmentant le risque de lésion aiguë, augmente-t-elle le risque d’arthrose ?

Une étude de Gelber et al. a montré que des lésions articulaires dans l’enfance et à l’âge adulte jeune favorisent la survenue d’une arthrose après 65 ans. Menée sur 1 321 étudiants en médecine suivis pendant 22 ans, le résultat indique 14 % d’arthrose avec antécédent de blessures et 6 % d’arthrose sans antécédent.

En 1998, une étude de Lequesne a établi une relation entre sport et arthrose, montrant que l’apparition de cette lésion du cartilage était liée :

– à des facteurs extrinsèques comprenant :

– le surmenage articulaire et les répétitions du geste conditionnant sa topographie ;
– les traumatismes répétitifs ou uniques ;
– l’intensité de la pratique : nombre d’heures par semaine, nombre de semaines par an et nombre d’années ;
– le dysfonctionnement articulaire secondaire à des lésions capsulo-ligamentaires et méniscales ;

– à des facteurs intrinsèques, comme la qualité de résistance du cartilage lié à l’âge ou à l’hérédité.

SPORT ET GONARTHROSE

Doit-on arrêter le sport dès les signes douloureux d’arthrose du genou ou d’autre articulation ? Non. Bien au contraire, après prise en charge médicale d’évaluation de l’arthrose et d’un traitement médical et kinésithérapique avec balnéothérapie, un entretien physique sera recommandé par rapport à l’EVA du moment.

Ces pathologies dégénératives apparaissent à des âges où il est nécessaire, selon les recommandations de l’American college sports of medicine de 2004, de pratiquer 30 mn de marche tous les jours à allure tonique (4,5 km/h) et, 2 à 3 fois par semaine, de 30 mn de musculation de façon à faire un travail de type endurance dans un but de protection cardio-vasculaire et de diminution de la masse grasse, associé à un travail de type musculation pour augmentation ou maintien de la masse musculaire, et aussi d’un maintien ou d’un gain de la masse osseuse (fig. 2).

 

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Figure 2
Exercice et cartilage arthrosique, d’après Deyle et al.

 

Cette période d’alternance de soins médicaux et kinésithérapiques, associée à un entretien physique général, doit pouvoir se poursuivre jusqu’au moment où il sera nécessaire de passer au stade de l’arthroplastie. Celle-ci va permettre d’augmenter la mobilité sociale de l’individu et de garder un style de vie indépendant, tout en contribuant au sentiment de bien-être.

Des nouveaux indicateurs qualifiés de patient-reported outcomes utilisent, comme critères de jugement, des mesures que rapporte le patient.

 

SPORT ET ARTHROPLASTIES
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Figure 3  Radiographie de coxarthrose après prothèse

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Tableau II Classification des sports selon la Knee society survey

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Tableau III Recommandations pour la prothèse de genou selon Mayo Clinic

 

De nombreuses études sont contradictoires quant aux résultats par rapport à la reprise d’activité pré et postopératoire. Si on fait une synthèse de ces études de Huch, Dahm, Bradbury et celle – plus intéressante, multicentrique –, de l’European society for sport and knee arthroscopy (ESSKA), on s’aperçoit qu’avec un recul de 44 mois, 68 % des patients considéraient leur genou comme normal, 56 % que leurs activités étaient limitées par leur genou et 66 % qu’ils étaient aussi actifs que ce qu’il souhaitaient avant l’intervention, avec un taux de satisfaction de 98 % dans le dernier groupe.

Chez les patients de 75 ans, 56 % participaient à un ou plusieurs sports à impact léger (natation, vélo, golf), 66 % à l’un ou l’autre des sports dits intermédiaires (gymnastique, danse, escalade, jardinage) et 10 % des sports dits physiques (tennis, ski). En fait, une forte corrélation a été retrouvée entre motivation et participation, avec une fréquence de la pratique sportive concernée plus élevée chez les patients motivés.

CONCLUSION

Malgré les forces accrues s’exerçant au niveau de l’interface os-prothèse et des contraintes de frottement au niveau du couple de frottement et du risque majoré de traumatisme, l’évolution des matériaux et de mise en place de prothèse sur mesure parfaitement adaptée à la morphologie de chaque individu, permettra, dans un avenir peu lointain, d’obtenir de meilleurs résultats dans tous les domaines.

 

Berdoulet

 

 

Patrick BERDOULET,
Kinésithérapeute du sport Orthopôle (Bruges, 33),
Kiné des équipes de France de Volley (1980-1986) et de Golf (2007-2010), Pôle France pelote Basque (2013).

 




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