Le « Sport Santé » une source de diversification, à condition de ne pas se tromper de problème

Le désengagement progressif annoncé de la sécurité sociale, le vieillissement de la population active et les progrès en matière de soins et de traitements préventifs, poussent à la réflexion sur les options de diversifications pour la filière physiothérapie.

Daniel HALLIFAX,

Éducateur Sportif, Préparateur physique, Consultant gestion de projet

– Master 2 Administration des Entreprises
– Maîtrise Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportive (STAPS)

– 17 ans d’expérience dans la gestion et la création de structures de Remise en Forme
– 15 ans d’expérience en tant que Formateur « Métier de la Forme et Remise en Forme »
– 13 ans d’expérience en Préparation Physique Sportifs de Haut Niveau
– 3 ans d’expérience en gestion de projet « Sport Santé & Activités Physiques Thérapeutiques »

 

On ne peut s’empêcher d’observer un contexte politique, économique et démographique sur le sujet du « sport santé » et des « activités physiques adaptées » de plus en plus favorable au métier de masseur kinésithérapeute. A un tel point qu’on peut se demander si il ne s’agit pas d’un véritable appel du pied.

Le désengagement progressif annoncé de la sécurité sociale, le vieillissement de la population active et les progrès en matière de soins et de traitements préventifs, poussent à la réflexion sur les options de diversifications pour la profession. Alors pourquoi les masseurs kinésithérapeutes peinent-ils à sauter le pas ?

 

UN CONTEXTE POLITIQUE ET LEGISLATIF FAVORABLE.

L’impact positif des activités physiques et sportives sur la santé est désormais reconnu officiellement. La loi n°2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé contient deux dispositions emblématiques favorisant la prise en compte des activités physiques et sportives dans les différentes politiques publiques développées dans le champ de la santé.

L’article 1er de cette loi stipule que les activités physiques et sportives participent à la prévention collective et individuelle des pathologies, des traumatismes et de la perte d’autonomie.

L’article L. 1172-1 du code de la santé précise que « Dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d’une affection de longue durée (ALD), le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient. »

Les intervenants pouvant dispenser l’activité physique adaptée peuvent-être issus de différents cursus de formation : les professionnels de santé (masseurs kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens), les professionnels titulaires d’un diplôme dans le domaine de l’activité physique adaptée ( filière STAPS ) et les professionnels du sport et personnes qualifiées disposant des prérogatives pour dispenser une activité physique aux patients atteints d’une affection de longue durée. Mais tous les professionnels et personnes qualifiées précités ne peuvent pas intervenir auprès de tous les patients dans les mêmes conditions. L’instruction adressée aux services décline quatre principaux phénotypes fonctionnels reposant sur différents niveaux de limitations fonctionnelles : limitation sévère, modérée, minime et sans limitation. Or seul les professionnels de santé comme les masseurs kinésithérapeutes peuvent intervenir sur tout le spectre des limitations fonctionnelles. Alors même si le décret précise que les techniques mobilisées relèvent des activités physiques et sportives (APS) et se distinguent des actes de rééducation réservés aux professionnels de santé, on voit difficilement comment mettre en place des solutions de prises en charge sans leur intervention. Car si tout le monde s’accorde à dire qu’une pratique d’activités physiques adaptées doit être fréquente et régulière pour permettre à une personne d’adopter un mode de vie physiquement actif, on voit mal comment, sans l’intervention de professionnels de la santé, elle pourrait réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à l’affection de longue durée dont elle est atteinte.

 

UN CONTEXTE DEMOGRAPHIQUE FAVORABLE.

En 2015, 10,1 millions de personnes bénéficient du dispositif des ALD, soit 17% de la  population du régime général de l’Assurance Maladie. La croissance entre 2009 et 2015 des bénéficiaires du dispositif des ALD est en moyenne de +2,8% par an. Cette croissance résulte d’effets multiples comme le vieillissement de la population, l’augmentation de l’incidence de certaines pathologies et de l’espérance de vie des patients atteints, le recours au dispositif et les guérisons plus fréquents pour certaines pathologies.

Moins d’un Français sur deux (49%) déclare pratiquer une activité physique ou sportive. Ceux qui s’y adonnent le font majoritairement (65%) pour des raisons de santé, de bien-être et d’entretien physique. La notion de plaisir arrive en seconde position, pour seulement 15% des personnes interrogées (sondage BVA juin 2014).

Les principaux chiffres de l’enquête :

– 75% des Français font moins de 10 000 pas par jour.

– 51% des Français ne pratiquent pas d’activités physiques ou sportives.

– 41% des adolescents ne pratiquent aucune activité physique ou sportive.

– Les 18-24 ans marchent significativement moins que les autres actifs : 7 727 pas par jour en moyenne contre 8 184 pas par jour en moyenne pour l’ensemble des actifs.

– Les Français sous-estiment le rôle préventif de l’activité physique et sportive face à certaines maladies (hors maladies cardio-vasculaires).

Ce qui est d’autant plus important c’est que 62% d’entre eux pensent que des « consultations de prévention » chez un professionnel de santé auraient un impact positif au niveau sanitaire : les patients seraient davantage guidés dans leurs pratiques alimentaires ou sportives et tomberaient donc moins souvent malades.

L’élément important qui ressort du sondage, c’est que les français ne font pas ou plus de sport car ils manquent d’informations et d’aide. Plus d’un Français sur trois (35%) s’estime être mal informé sur les activités physiques qui pourraient le mieux lui convenir. D’ailleurs 60% de français non sportifs déclarent, qu’ils éprouveraient des craintes sur la manière de reprendre une activité physique ou sportive. Plus qu’une simple appréhension, cette peur agit comme un véritable frein psychologique pour débuter ou reprendre une pratique sportive. Chez les personnes âgées de plus de 55 ans l’anxiété engendrée par l’éventualité de pouvoir reprendre la pratique d’un sport est présente pour 71% d’entre eux.

UN ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE FAVORABLE.

Il ne s’agit pas de reprise économique ou du fait que les ménages ont plus de pouvoir d’achat et donc plus de moyens pour payer pour leur santé et leurs soins, car ce n’est pas à ce niveau que cela se joue. Il faut regarder d’un plus près un phénomène de société de ces 20 dernières années et plus précisément depuis 2007. Longtemps moqué et dénigré, le marché du Fitness est devenu un véritable marqueur de l’activité physique de la population active et nous prouve que les français sont prêts à payer pour faire une activité physique utile pour leur condition et leur apparence physique. Avec un CA (Chiffre d’Affaire) de 2,4 milliards d’euros en 2015 et 5,2 millions de pratiquants, ce secteur aux caractéristiques hybrides est en pleine expansion. Un peu comme la mode du « jogging », le fitness est une mode qui nous vient des Etats Unis il y a un peu plus de 30 ans. Initialement connue sous la forme de salles de « Culture Physique », celles-ci sont associées au culte du corps et de l’apparence physique, mais très rapidement les structures et les pratiques vont se démocratiser et surtout de diversifier pour donner naissance au marché et au métier des activités physiques de « Remise en Forme ». Le marché de la remise en forme a doublé en 7 ans et compte aujourd’hui plus de 4800 Clubs privés, 30.000 associations et 300 Clubs d’Entreprises. Mais contre toute attente, depuis 4 ans, le marché du fitness au niveau formation professionnelle, innovation et infrastructures dévie de plus en plus de son orientation « remise en forme » pour aller prendre des parts de marchés au sport, avec son orientation Crossfit et entraînement fonctionnel ainsi qu’au secteur des loisirs avec ses concepts de divertissements comme la Zumba, les cours collectifs LesMills ou encore les jeux interactifs virtuels. Émotions, expériences et dépassement de soi sont devenus les facteurs clés de succès de ce marché. Ces politiques de développement laissent un vide et surtout de grandes opportunités pour des offres et des solutions dites « de remise en forme », ou devrais-je dire « sport santé ».


NE PAS SE TROMPER DE PROBLEME.

L’opportunité qui se présente aujourd’hui aux professions paramédicales, notamment les masseurs kinésithérapeutes, est celle d’une diversification sport santé et activités physiques adaptées sur 3 axes : soins, réhabilitation et prévention.

Ils sont le seul corps de métier reconnu dans les textes de loi, sans limitation dans la prise en charge des ALD et qui recueille de surcroît la confiance des médecins prescripteurs et des consommateurs. Je précise bien consommateurs, car à l’heure où toutes les professions de santé cherchent des solutions à la question du financement du « sport santé », le problème est ailleurs. Il est dans la communication et la mise en œuvre de solutions. Et c’est le marché du fitness qui nous le prouve, les gens investissent en moyenne 44€/mois dans un abonnement fitness.

Les défis majeurs des acteurs du Sport Santé vont être de créer des programmes et un contexte dans lesquels les gens auront envie de s’investir. Le financement ne sera que secondaire, car contrairement à la prise d’un cachet, le résultat, les bienfaits ne seront pas immédiats. Donc gratuit ou payant ne fera pas une grande différence si la mise en œuvre n’est pas à la hauteur des besoins et des attentes des consommateurs.

Même si le marché du fitness a doublé dans les 7 dernières années, nous restons parmi les derniers de la classe sur le marché mondiale et européen. Les scandinaves ont des taux de pénétration de marché de 22%, les anglais 16% et nos voisins allemands sont à 13% quand la France approche à peine des 8%. Dans ces pays on ne parle pas de marché du fitness, mais de marché « Health & Fitness ». Chez nos voisins européens le « sport santé » n’est pas un sujet à part, c’est un sujet avec une offre globale, une offre « Santé et Remise en Forme ». Aujourd’hui en Angleterre comme en Allemagne un tiers des structures privés de Remise en Forme ont une antenne ou un espace santé avec des kinésithérapeutes, des ostéopathes, des nutritionnistes voir des médecins.

Phénomène culturel ou économie de marché ? La réponse est simple : la France est le pays de la gastronomie et les États Unis celui du fast food, deux cultures opposées pourtant tous deux regorgent de restaurants Mc Donald. Dans une économie de marché c’est l’offre qui créée la demande et non l’inverse. Pour créer une offre il suffit d’analyser le contexte politique, économique et démographique.

Alors à la question « pourquoi les masseurs kinésithérapeutes peinent-ils à sauter le pas ? », la réponse est certainement qu’ils se posent trois questions : Quoi, Comment et Combien. Trois questions qui seront le sujet d’un prochain article.

 

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