La marche qui vient d’en haut et celle qui vient d’en bas

Anthony BACHELIER

La marche est une véritable signature corporelle propre à chaque individu. Elle reflète notre identité. Prenez le temps de regarder (et d’écouter) vos proches et collègues marcher et vous remarquerez les différences de ce langage corporel et de sa reproductibilité. La locomotion humaine est une véritable communication gestuelle s’exprimant de la tête aux pieds. Cette signature motrice se dégage dès la petite enfance.

Reprenons quelques références en la matière d’analyse de la marche, de la foulée et de la course.

LES 2 TYPES DE MARCHE Dans les travaux de Raymond SOHIER  dans « 2 marches pour la machine humaine », nous observons la marche « qui vient d’en haut » et celle « qui vient d’en bas ».

Cette classification s’appuie sur une donnée biomécanique commune : la prédominance du sujet à placer préférentiellement le centre de gravité du segment corporel en avant ou en arrière de l’axe « tronc –tête- bras ». Selon le type de marche, du tronc ou du bassin, antérieure ou postérieur, des forces et réactions musculaires différentes vont être déclenchées. Dans la « marche par le bas », le mouvement commence à partir du sol. La personne opère une poussée du pied et de toute la jambe qui fait avancer le bassin. La tête et le poids du corps restés en arrière au préalable, suivent alors le mouvement.

La poussée correspond à une action concentrique de la cuisse et du mollet. Celui qui marche et court par le bas utilise avant tout la contraction musculaire concentrique. A l’inverse, à partir du moment où un déséquilibre est créé à partir du haut du corps, le membre inférieur ne peut que rattraper un poids qui lui arrive de haut en bas. Elle fait face à une compression générale (modèle du ressort) c’est-à-dire à un étirement de ses élastiques.

Celui qui marche et court par le haut a recourt avant tout à l’élasticité musculaire (on parle aussi de pliométrie). En conséquence, son mouvement de course est plus verticalisé, la trajectoire de son centre de gravité plus ondulante que celle de la course enclenchée par le bas (énergie plus horizontale, mouvement plus aplati du centre de gravité). Cyrille Gindre a nommé les personnes qui se déplacent par le haut des « aériens » (temps passé en l’air prédominant) et celles qui se déplacent par le bas des « terriens » (temps passé au sol plus important).

 

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Le joueur terrien utilise préférentiellement la contraction concentrique du muscle (moteur musculaire) alors que le joueur aérien a recours avant tout à un fonctionnement pliométrique (ou élastique). Volodalen (le laboratoire de Cyrille Gindre) a mesuré de nombreux paramètres spatiaux-temporels de la course propre à ces deux motricités qu’il appelle aérien (la foulée rebondie) et terrien (la foulée rasante).

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Il est intéressant de positionner les recherches du laboratoire de Cyrille Gindre aux concepts biomécaniques en vogue de la foulée médio-pied.

LA FOULEE MEDIO-PIED De nombreuses théories sur la foulée affluent en effet dans le sens d’une course identique pour tous : celle de l’attaque médio-pied. Nous avons, il est vrai, été formatés par le lobbying des concepteurs de chaussures communiquant sur le bien-fondé de l’attaque talon, soi-disant « naturelle », afin de convenir de l’intérêt de l’amorti augmentant d’année en année (proportionnellement au tarif !). Puis est venu le temps de la stabilité à tout prix en corrigeant la pronation ou la supination de l’arrière-pied.

 

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Les approches biomécaniques de la clinique du coureur répondent à ces arguments commerciaux par une théorie plus économique de la foulée en utilisant notamment l’élasticité du système suro-achilléo-plantaire, préconisant la foulée médio-pied et le port de chaussures avec très peu de drop et d’amorti, voire du minimalisme absolu: le barefoot.

 

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lacliniqueducoureur.com

Solaberg Séhel, dans « courir léger » détaille les postures dynamiques pour procéder à la foulée médio-pied et au LFR (light feet running) :

  • Une position du buste plus redessée pour une foulée médio-pied (plus penchée pour la foulée talon)

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  • L’emplacement de la pose du pied plus proche du bassin

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  • Un genou plus fléchi

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  • Une oscillation verticale du bassin passant d’une phase horizontale à une phase d’antéversion (contre une tendance à rester horizontal avec une moindre mobilité du bassin en phase talon)

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Nous retrouvons ces paramètres dans le tableau suivant :

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Frédéric Brigaud préconise également de : – Fléchir fortement les genoux et les hanches – Fléchir le buste – Employer les bras pour alléger la réception – De ne pas corriger la pronation ou la supination par les systèmes intégrés des chaussures ou d’orthèses plantaires

 

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A CHACUN SA SIGNATURE POSTURALE DYNAMIQUE ET MOTRICE…

Dans ces différents articles cités plus haut nous retrouvons des observables systématiques d’une symétrie et d’une verticalité de la posture dynamique et du mouvement.

Ces théories conceptuelles se retrouvent sur le terrain avec des exemples de performances.

Faut-il le prendre pour autant comme une référence et le dupliquer pour tous ?

Il est difficile en effet de concevoir une technique unique devant la disparité de nos schémas corporels.

Avec des observables simples, nous pouvons différencier facilement les 2 motricités citées par Sohier(1) et Gindre(2).

Notez les différences posturales dynamiques et motrices de la marche naturelle de 2 enfants.

De ces deux grandes motricités, les gestuelles sportives peuvent être très typées.

Il suffit d’observer les meilleurs athlètes pour s’en apercevoir.

Prenons l’exemple du sprint, là où l’appui talon n’existe pas !

Bolt et Johnson ont indéniablement leur propre style et sont à leur époque de toute évidence des modèles de performance.

A travers ces quelques vidéos et ce tableau, certains observables et paramètres biomécaniques vous sont notifiés.

BOLT/GATLINJOHNSON/LEWIS/BLAKE
Marche par le haut ou aérienMarche par le bas ou terrien
Foulée rebondissanteFoulée rasante
Forte oscillation verticale du bassinPeu d’oscillation verticale du bassin
Epaules relâchées et mouvements des coudes accentués vers l’arrière et asymétriquesMoindre mouvements des coudes et symétriques
Absence d’ouverture du pied à l’attaqueLégère ouverture du pied à l’attaque
Tendance à la supination en extensionTendance à la pronation en extension
Regard vers le basRegard vers le haut
Temps de contact à la phase propulsive court et flying time élevéTemps de contact à la phase propulsive +long et flying time +court
Point fort : la vitesse et l’endurancePoint fort : le démarrage, l’accélération

Nous pouvons également observer une tendance varisante (supination) ou valgisante (pronation) à la phase d’extension.

Nous observons des différences notables chez les kényans dont on définit pourtant un même style. Remarquez les 2 premiers coureurs avec un valgus marqué (en phase d’extension à la réception) typique des terriens alors que Bekela exprime sa préférence aérienne.

Les grandes marques commerciales de chaussures se sont même engouffrées dans ce marché conseillant par exemple  la correction de la prono-supination.

Ces mêmes spécialistes préconisent l’amorti du chaussant ou/et de l’orthèse plantaire afin d’éviter que l’onde de choc fragilise les articulations.

Dans ce cadre, des amortis sont préconisés pour les enfants en pleine croissance, dans les chaussures de sécurité, pour les séniors, bref, pour tous, en prétextant le confort universel.

Sans entrer dans les détails de la neurophysiologie, il faut comprendre que tout amorti inhibe voir annule la stimulation de nos capteurs (très nombreux) du pied recevant les informations de l’intérieur (les propriocepteurs) et de l’extérieur (les extérocepteurs).

 

Ces mêmes récepteurs informent par l’intermédiaire de notre système nerveux les centres régulateurs de notre cerveau sur, notamment, notre position dans l’espace. Imaginez un ordinateur ultra puissant disposant d’un clavier dont les touches ne fonctionnent que partiellement ; si l’information n’est plus opérationnelle, le traitement ne l’est plus ! L’amorti à tout prix, tout comme la correction de la prono-supination, est délétère et peut entraîner des troubles de l’équilibre, des chutes (par une déficience de la proprioception) et même des tendinites (notamment du système suro-achilléo-plantaire alors que l’amorti est justement préconisé pour cette pathologie !).

Nous rejoignons les propose de Blaise Dubois en ce qui concerne le chaussage des enfants. Leurs pieds doivent être stimulés et non emmitouflés ! Les chaussures sans soutien ni contrefort et surtout sans amorti sont préconisées.

https://youtu.be/hYHUaHAlBzU

Il faut avant tout, connaître son patient et son athlète afin de lui préconiser les meilleurs conseils et traitements personnalisés.

Dans cet article nous vous parlons uniquement de 2 grands paramètres de la motricité (aérien et terrien). Sachez qu’il en existe d’autres, toujours aussi simples à diagnostiquer par des tests cliniques reproductibles. A partir de ces derniers nous établissons la signature personnelle révélant les forces intrinsèques de l’individu. Il est alors simple d’aller dans le sens du mouvement et de la posture dynamique naturelle de la personne testée que l’on soit thérapeute ou accompagnant sportif.

Le meilleur compromis ne serait-il pas en fait, de retrouver sa marche d’enfant ?

 

BIBLIOGRAPHIE

« Biologie mécanogène » Raymond Sohier (1)

« 2marches pour la machine humaine » Raymond Sohier (1)

« Kinésithérapie analytique de la hanche » Raymond Sohier (1)

“ Je cours pour ma forme” Cyrille Gindre (2)

«  Le vivant et l’entraînement » Cyrille Gindre (2)

«  Courir en harmonie » Cyrille Gindre (2)

“ La marche et la performance sportive” Frédéric Brigaud (3)

«  La course à pied, posture, biomécanique, performance» Frédéric Brigaud (3)

«  Corriger le pied sans semelle » Frédéric Brigaud (3)

« Guide de la foulée avec prise d’appui avant-pied » Frédéric Brigaud (3)

« Courir léger » Solaberg Séhel

« Born tu run » Christopher McDougall

« Profilage moteur et qualités physiques du footballeur » Guillaume Marie

«Brain training for runners » Matt Fitzgerald

« Préparation physique » Frédéric Aubert et Thierry Blancon

« How to choose your best sport and play it » J P. Niednagel

“ La marche, un mouvement vital” Critina Cuomo

« Autobiographie d’un bipède » Bernard Valentin

« Science of running » Steve Magness

“Anatomy train” Thomas W. Myers

 

Plus d’information sur la Formation

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Anthony BACHELIER
Podologue et posturologue



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